“Bayroot”, My Nocturnal Wish Flower


Rita Mhanna

Je garde en mémoire que je ne suis pas de Beyrouth.
Je garde en mémoire que j’aimerai m'en souvenir.
Je garde en mémoire qu’il eut un matin et qu’il eut un soir.
Je garde en mémoire qu’il eut un matin et qu’il eut un soir, à Beyrouth.
Je garde en mémoire que je n’étais pas d’accord. Je garde en mémoire.
Je garde en mémoire que j’aimerai fermer la parenthèse.
Je garde en mémoire que j’aimerais ne plus dire quelque chose.
Je garde en mémoire que plus rien n’est super intéressant pour dire, pour débuter ma phrase.
Je garde en mémoire que je m’arrête là, laissez-moi dans mon silence, je ne suis pas d’accord. Je garde en mémoire.
Je garde en mémoire quelque chose mais pas le tout. Je garde en mémoire que je ne connais pas l’histoire. Surtout pas la vraie.
Je garde en mémoire que trouver une chaussure quelque part est rigolo.
Je garde en mémoire que trouver des réponses pour sa présence dans la rue est essentiel.
Je garde en mémoire que maman m’a interdit de toucher à une chaussure qui n’est pas à moi. Je garde en mémoire.
Je garde en mémoire que je ne suis pas de Beyrouth.
Je garde en mémoire que maman ne m’a pas grondé d’avoir ramassé la chaussure, velours rougeâtre. Je garde en mémoire.
Je garde en mémoire que j’étais héro d’avoir ramassé la chaussure dispersée partout.
Je garde en mémoire qu’à Beyrouth j’ai touché à la chaussure, espérant que ce n’est pas celle d’un enfant. Je garde en mémoire.
Je garde en mémoire qu’à Beyrouth que la magie de la curiosité a persisté. Je garde en mémoire que j’étais curieuse de s’en rassurer que ce n’est pas une chaussure saignante.
Je garde en mémoire qu’une chaussure appartenant à une armoire est devenue beaucoup plus rigolote que celle itinérante. Je garde en mémoire.
Je garde en mémoire que la ballerine rouge est celle de ma grand-mère.
Je garde en mémoire qu’elle n’est pas de Beyrouth. Mais je la garde en mémoire.
Je la garde en mémoire à chaque fois que maman me critique pour mes chaussures dispersées. Je la garde en mémoire.
Je garde en mémoire la fiole de parfum rosé. Je garde en mémoire qu’elle était intacte mais tout de même dispersée. Je la garde en mémoire.
Je garde en mémoire l’aventure. Je la garde en mémoire.
Je garde en mémoire Beyrouth !
Est-ce vraiment je la garde en mémoire ?
Je la garde en mémoire. Beyrouth ? Dois-je la garder en mémoire, cette Beirut ? ou l’autre Bayrouth?
Peut-être Bayroutou بَيْروتُ ?

وَكانَ نَهارٌ وَكانَ مَساءٌ، في بيروتَ.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ، في سَماءِ بيروتَ.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ، حينَ قطراتُ البلوّرِ تَخايَلَتْ وَارْتَمَتْ، في بيروتَ.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ في بيروتَ، وكانَ وَقْعُ تَناثُرِهِما يَتَرَدَّدُ عَلى أَمْواجِ البحرِ.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ في بيروتَ، يجْريان، يَسيران، ويَسيلان دَمْعًا أُرْجُوانِيًّا. يهْرعان، يُهَرْوِلان، يغْدوان، دُخانًا أزلِيًّا.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ في بيروتَ، وتَلَبَدَّ الأُفُقُ وجَلْجَلَ اللَّآلِئَ سَنِيًّا، ما عادَ يَعْرِفُ إذا الدُّخانُ تَصاعَدَ أَوْ باتَ مَرْمِيًّا.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ في بيروتَ، والرّمادُ يَتَراوَحُ بَيْنَ الثَّنايا وَفي الظِّلالِ باتَ لَمِيًّا.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ في بيروتَ، وما عاد يُعْرِفُ إذا الدُّخانُ تَصاعَدَ أَوْ باتَ مَرْمِيًّا.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ في بيروتَ، وَقَلْبُها مِنْ زُجاجٍ يَتَدَفَّقُ في جَوْهَرِهِ الياقوتُ سنيًّا.
وَكانَ نَهارٌ وَكان مَساءٌ في بيروتَ، وَتَناثَرَتِ اللّآلئُ بَيْنَ الصَّنَوْبَرِ تُرَفْرِفُ، تَتَرَقْرَقُ، كَالنُّجومِ تَتَلاشى.
فَهَلْ كانَ مساءٌ في بيروتَ؟ وَهَلْ كانَ نَهارٌ؟
هَلْ هِيَ بيروتُ الَتّي تَتَلاشى؟
هَلْ هِيَ بيروتُ؟ أَمْ ببيروتَ؟ أَمْ هَلْ هِيَ بيروتْ؟

Beirut.
Beirut is my wish flower.
Beirut can be found wherever I go. I spattered my Beirut’s dandelions.
Beirut can never disappear in a nightmare, we all can choose to stay awake.
Beirut is my wish flower. It spread out its shiny pearls and crystals.
Beirut is everything. Beirut is when I hear glass clinking, clattering all over the road.
Beirut is my wish flower. And I spread it.
But, now, I can’t hear my clinking Beirut
I hear nothing.
Nothing goes on my mind.
Simply, I hear nothing.
Nothing can go on more than days crossing the sun’s limitless horizon. And they are silent.
Simply, I hear nothing.
Nothing goes off when we slow down our eyesights to remember: living here is forever my wish flower even if I fear any clinking glass is the end.
Simply, when I hear nothing.
Nothing we cannot find our goodbyes and smiles, anymore, as they became silent.
Simply, when we hear nothing.
And we say that smiles can change the world.
But, still we hear nothing.
Smiles can aim for the bright future waiting for us.
But, still I can hear nothing.
Smiles!
No, enough.
I am at a loss for words.
We are at a loss for words.
We have lost the words. In vain.
We have lost the ones we love. In vain.
We have lost people, in vain. We have lost home, in vain.
We have lost windows and ladders, in vain.
We have lost our wish flowers, in vain.
How are we supposed to go on? To rename Beirut after the ashes?
We got tired just like Beirut’s roads, huge marathon roads without any end, chaotically cleaned, crowded by people, but waiting and waiting for the winner to tread on.
We got a smile visible on our eyes, we got a laugh crossing our ears, until when are we supposed to go away with tears?
While the smoking coffee mist swayed and swirled my hair, rain drops wetted my lashes on a Beirut morning.
My sight blurred. I can feel skies tearing glass and ashes. I can see destroyed shelves. I can see perfume bottles intact but still shattered. I can hear glass drops falling down, glittering the floor tiles. I can see my wish flower blown away!
Tears opened my eyes. I saw nothing. I was away.
But we can find dandelions here, there and even faraway? Right?
We can choose to be alive. Right?